Mes tomates ont mûri fin septembre

Mes tomates ont mûri fin septembre

Je n’ai pas écrit ici depuis mars dernier, ce retour aurait donc mérité un texte avec une queue et une tête. Mais non, je ne sais nullement où je m’en vais avec ça. Seulement, ce matin, ce 21 septembre 2017 vers 8h30, j’ai constaté que les tomates cerises de mon plant semé en juin dernier étaient enfin devenues rouges. De façon plus générale, toute ma terrasse me semblait belle, fleurie, feuillue, colorée et vivante.

Après un été gris et pluvieux au Québec, nous sommes en train de vivre des semaines exceptionnelles en septembre. Du soleil à ne plus savoir qu’en faire, des températures de plein été, et des couleurs d’automne arrivant doucement, créant un genre d’anachronisme météorologique qui ne peut que ravir les sens. Parce que normalement (comprendre là « les autres années »), lorsque l’on va photographier les feuilles d’érables nonchalamment tombées au sol pour les poster sur Instagram, on porte une écharpe et une veste. Lorsque le mois d’octobre s’en vient, on commence à être moins réticent à l’idée de sortir sa tuque (son bonnet), même si on sait que cela sous-entend un très gros risque de l’avoir sur sa tête pour les 231 prochains jours.

Rivière Rouge au Québec, mi-septembre 2017

Rivière Rouge et début de couleurs d’automne.

Aujourd’hui et depuis 10 jours, le soleil brille dans un ciel sans nuage, on a ressorti nos shorts et nos sandales estivales, les terrasses des cafés et des restaurants sont pleines jusqu’à la nuit tombée, et les fleurs de nos jardins et balcons sont au zénith de leur courte existence. Pourtant, quand on marche sur les trottoirs, ça fait indéniablement scrounch-scrounch. Les bouleaux sont, pour certains, déjà presque tout nus.

La philosophe matinale en moi a, vers 9h10, cueilli ses tomates, observé ses géraniums parfaits en les félicitant de si joliment exister, et cherché une nouvelle fleur sur son hibiscus récemment réssuscité, en vain, le coeur pourtant empli d’espoir, avant de réaliser que tout n’était finalement qu’une question de temps. Une question de temps au sens de « notion fondamentale conçue comme un milieu infini dans lequel se succèdent les événements » et non au sens de « état de l’atmosphère, en un lieu donné, à un moment donné ». Je parle ici de durée, non de météo. Tout était une question de temps, de patience. L’art de savoir attendre correctement, sans ne jamais rien vouloir précipiter. Faire, quelque part, son deuil de l’été qui semblait n’être jamais arrivé, se préparant sereinement à l’hiver sans trop de tristesse, puisque l’automne viendrait nous surprendre, une fois de plus, par sa beauté et toute la contemplation qu’il sait nous offrir. Comme ça, gratuitement.

En inspectant mon plant de tomates à moitié dévoré par les sournois écureuils à capuche du hood Plateau-Mont-Royal-Est qui n’en ont que faire de bouffer des tomates pas mûres du tout, j’ai pris conscience que l’art de savoir attendre correctement s’acquérait avec le temps et les années. (Oui, je suis allée vérifier la conjugaison du verbe acquérir car c’est malheureusement acquérissait qui m’est venu en tête instinctivement.)

Terrasse fleurie et écureuil

Terrasse et écureuil courant sur un câble électrique.

Je ne sais pas trop si, l’âge avançant, on devient plus sage ou si ce sont simplement les événements de la vie qui nous amènent à agir avec circonspection. Toujours est-il que je viens de fêter mes seulement 31 ans et que je me retrouve à écrire ce genre d’articles d’une pondération ennuyante, alors que l’an dernier, à la même époque, je me sentais pousser des ailes en criant à qui voulait bien l’entendre que 30 ans était le nouveau 20. Que s’est-il passé cette dernière année ? Eh bien je crois que j’ai testé ; ma capacité à m’envoler, à me passionner, à me débrider, à jouer. Parfois à perdre, parfois à gagner. Ce fut amusant, mais ça ne l’est plus tant. Aujourd’hui, je prends le temps et j’apprends à attendre. Que l’été finisse par arriver, et que mes fleurs puissent enfin exister.

N.B. : Si vous trouvez que je deviens vieille et fatigante et que ça se caractérise notamment par beaucoup trop de termes de jardinage dans cet article – même métaphoriques – sachez que vous avez raison. Mon récent intérêt pour les plantes, les fleurs et les petits râteaux pour tasser la terre dans les pots m’inquiète autant que vous.

  1. de Novelda

    J’aime cette definition du temps , cette entité physique qui n’existe pas…. Carlo Rovelly et sa Théorie de la Gravité Quantique à boucles n’aurait pas dit mieux.

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  2. Michèle selles

    Et bien moi je trouve que c’est très cool de savoir attendre et de prendre plaisir à ce qui vient 🙂
    De gros Bisoussssss ma cousine et encore encore s’il te plait

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  3. Rouzier-Sellès Michèle

    J’ai lu cet article avec un sourire en coin car j’y vois quand même une certaine sagesse (maturité ?) qui n’arrive pas à camoufler le petit grain de folie qui subsiste en toi !!! Bref, c’est ton côté vierge sage/vierge folle (tu es bien née en septembre ?)… hihihi…‍

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  4. Caroline

    Avec tous ces jeunes qui nous poussent dans le derrière pour qu’on aille sans cesse plus vite, plus haut, plus fort… Où ? Ça, ils n’en ont souvent aucune idée ! Mais Vite ! Moi, ça me fatigue rien que de les regarder courir : le boulot, le trafic, les courses, la grosse maison de banlieue, la marmaille, le soccer (le foot), la natation, le ski, le souper (le dîner), les boîtes à lunch, les petits à l’école, re-le boulot, alouette… Ouf ! Ça me fait du bien, à moi, de lire les vieilles sages qui jardinent le temps, tout doucement… Merci !

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