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Faut-il être égocentrique pour avoir un blog à son nom ?

Afin de s’éviter tout suspens inutile, la réponse est oui.

Ces derniers temps, on entend à tout va que l’égocentrisme est un fléau de notre génération. Les selfies, nés en – environ – 2008 après Jésus Christ, en seraient la preuve formelle. Hâtons-nous de le penser, jetons la faute sur les Y et les Z, ces générations au regard perdu dans leur smartphone, cherchant d’irréfutables arguments pour se défendre sur YouTube. Cela me fait vaguement ricaner. Il y a tout un tas de trucs que je serai la première à affirmer à propos de ma génération, comme le fait que nous vivons dans une logique de plaisir instantané ou que nous nageons au beau milieu d’une mer polluée par la désinformation permanente la plus totale et que ce soit, pour la plupart d’entre nous, devenu relativement et tristement la norme. Là où je ne suis pas d’accord, c’est à propos de cet égocentrisme soi-disant propre à cette génération géniale mais ô combien critiquée que nous sommes.

Nous sommes tous égocentriques, et nos parents l’ont été avant nous. D’après le Larousse, l’égocentrisme est un nom masculin. Toujours d’après le Larousse, il s’agit d’une tendance à ne considérer que son point de vue et ses intérêts propres. Le brillant et digne d’intérêt magazine féminin Cosmopolitan ajoute que l’égocentrisme ne coupe pas de la relation à l’autre, mais il la biaise. Car l’égocentrique s’intéresse à l’autre mais par le prisme de sa propre personne. J’ai trouvé cela intéressant, car j’ai immédiatement pensé à cette copine de CE1 dont je tairais le nom car – pour une sombre raison que j’ignore – elle fait toujours partie de mes contacts Facebook. Sa technique était d’avoir le plus de copines possible, et d’être la « meilleure amie de la galaxie », et ce pour chacune d’entre nous. Selon cette logique plus que douteuse d’enfant de 7 ans dont je garde un souvenir très amer, elle m’avait donné un jour son Polly Pocket « reine de l’océan », me déclarant de façon métaphorique son amitié la plus loyale. Deux jours plus tard, elle m’a demandé de le lui rendre, sa mère étant étonnamment réticente à ce brillant projet, qui consistait à distribuer tous ses jouets dans la cour de récré. Ma psychologie de comptoir 2.0 m’amène alors à défendre l’idée que cette petite peste cherchait à conquérir le coeur de potentielles groupies, afin de mieux se mettre en valeur auprès de son harem de copines. Nous étions en 1993, et Facebook n’existait pas, pas même dans l’imagination de son créateur qui, lui aussi, jouait encore dans les cours de récré.

L’égocentrisme n’est pas né avec la génération Y. En revanche, je reconnaîtrai avec un engouement non dissimulé que l’égocentrisme est exacerbé par les réseaux sociaux, et de façon plus générale par le web 2.0 dont la merveille qu’est l’outil « blog » fait partie. Mais l’égocentrisme n’est pas le seul à avoir été exacerbé par nos outils du 21ème siècle ; la connerie humaine aussi. L’empathie également. On a tous été capable de faire ce duck face que l’on juge sans pitié aujourd’hui, mais on est également capable de donner 10 euros pour une campagne de crowdfunding afin d’aider une famille à acheter du matériel pour son petit garçon handicapé. Si l’on est capable de choses ridicules, risibles, et discutables, on l’est également de belles choses, sur les réseaux sociaux. Mais comme dans la vie, on choisit souvent de pointer du doigt le très laid.

Alors oui, il y a une part d’égocentrisme à créer un blog à son nom. Comme il y a une part d’égocentrisme à vouloir écrire pour être lue, chanter pour être entendue, parler pour être écoutée. Il y a une part d’égocentrisme à vouloir être likée, commentée, retwittée, comme il y avait une part d’égocentrisme il y a 100 ans chez nos arrière-grands-parents. Il y a finalement une part d’égocentrisme à exister. Et c’est à travers ce nouveau blog que je vais venir chercher de l’adhésion auprès d’un public que je ne connais pas nécessairement, c’est aussi à travers ce blog que je vais mettre des idées à nu, que je vais tenter de confronter des points de vue, et de livrer sans aucune pudeur, ou à peine, ce qui me trotte dans la tête, me choque, m’agace ou m’interpelle. Je parlais dans cet article mettant en lumière le besoin que j’ai, à l’approche de mes 30 ans et 3 ans après, de faire le deuil de mon tour du monde ; j’ajouterai alors au passage que j’ai décidé d’accepter ces petits éléments – que l’on qualifierait aisément de défauts – qui font de moi un être humain et non un robot.

N.B. : Je suis également égocentrique sur Twitter et Instagram.
N.B. 2 : Changeant d’avis comme de chemise, j’aurais pu appeler ce blog autrement, mais mon prénom et mon nom si sympathiquement donnés par mes parents ne changeront, eux, a priori jamais. Puis « blogdunefillequiditdestrucs.com », c’était déjà pris. Too bad.