30 ans est le nouveau 20

Je ne sais pas à qui je dois ce titre exactement mais je l’en remercie de tout mon coeur car il met du soleil sur mon trentième anniversaire. Cette révélation fut la conclusion d’une discussion entre une amie-déjà-trentenaire et moi-même, lors d’une certaine journée ensoleillée d’août dans les rues de Paris, alors que nous buvions du rosé sans glaçon à 3h de l’après-midi sur une terrasse du 19ème. En citant, me semble-t-il, l’une de ses amies, elle m’avait annoncé, victorieuse et emplie d’espoir, que « 30 ans était le nouveau 20 », parce qu’aujourd’hui, à 30 ans, on peut être les rois du monde, comme nos parents pouvaient précisément l’être à 20 ans. Aujourd’hui, à 30 ans, on peut accomplir bien d’autres choses que ce à quoi on se croyait destinés lorsque l’on imaginait notre vie d’adulte 15 ans plus tôt. On peut entreprendre, voyager, étudier à nouveau, se planter, et changer de cap. Encore et encore. On peut décider que ces expériences-là nous aident à nous connaître davantage et à construire notre avenir sur des bases qui nous sont propres, et pas sur celles que nos familles, écoles, contes et dessins animés nous ont inculquées – en le voulant ou non – parce qu’après tout, c’était « comme ça » qu’il fallait faire les choses. Évidemment lorsque j’étais plus jeune, comme bien des personnes de sexe féminin, j’imaginais qu’à trente ans, j’aurais un mari, des enfants, une maison, une balançoire et un chien. Je me voyais avec des vêtements d’adulte, des chaussures d’adulte, du rouge à lèvres d’adulte, beaucoup d’assurance, de sérénité et bien entendu, la science infuse. Parce que c’était ça, pour moi, être adulte. Je n’ai, en réalité, aucun mari, aucun enfant, pas plus de chien que de maison. Je porte des Converse 80% du temps, je mets du rouge à lèvres en soirée que je dépose sans délicatesse aucune sur les goulots de mes bières que je bois sans soif ; je n’ai que peu d’assurance et une sérénité – toute relative – un jour sur deux, tandis que je travaille durement à acquérir cette science infuse à la lumière de Wikipedia, ce qui donc, on s’entend, m’amène assez loin du compte en matière d’érudition suprême. Je suis, en somme, aussi imparfaite que la naïve perfection que je visais à 15 ans. J’ai parfois la sensation d’être une éternelle adolescente, sempiternelle amoureuse de l’amour, attendant inlassablement que la sagesse de l’âge adulte me tombe dessus. Mais je crois pourtant être devenue adulte le jour où j’ai compris que les adultes pouvaient et savaient très bien se comporter comme des enfants, et quand j’ai réalisé que vivre quelque chose, ce n’était pas du tout pareil que d’avoir envie de le vivre. Je pense que devenir adulte, c’est réaliser que l’on fait les choses pour soi et que la pression sociale, effroyable ventouse à conventions et à normes qui se veulent rassurantes, ne nous amènent à nous réaliser ainsi que si c’est ce que nous voulons vraiment. Au moment où la plupart de mes amies d’enfance se mariaient et décidaient d’enfanter, je me confrontais à moi-même et découvrais certaines de mes limites – parfois surprenantes – au fin fond d’un hôtel lugubre de Katmandou. Je n’ai rien fait de ce que j’avais prévu à 15 ans, mais je m’apprends encore, en me trompant et en tombant de toute la hauteur de mes certitudes qui s’évaporent jour après jour pour laisser place à qui je suis.

Je n’ai aucune fin pour cet article, aucune « phrase préconçue à la Steve Jobs » comme j’aimais en sortir aux trentenaires paumés de mon entourage, lorsque je n’étais qu’une vingtenaire candide et moralisatrice ; je prends aujourd’hui toute la mesure de leur inutilité. Je ressens parfois de la tristesse en réalisant que je n’ai jamais (pas encore ?) concrétisé ces choses « classiques » et sécuritaires dont certains de mes amis ont déjà coché les cases. Mariage, check. Bébé, check. Maison, check. Mais parfois, je ressens la timide fierté d’avoir (déjà ?) fait des choses que certains ne pourront peut-être jamais faire. Je n’ai aucune idée de ce que l’avenir me réserve, peut-être ne cocherais-je jamais toutes ces fameuses cases, mais je pourrais au moins affirmer avoir fêté mes 30 ans dans un incroyable vent de liberté, au coeur d’une tempête d’émotions qui tantôt fout des claques, tantôt donne des ailes. Peut-être est-il temps d’accepter cette dualité. Car 30 ans, c’est le nouveau 20 et c’est préférer prendre les chemins de traverses, les routes sinueuses, et les petites rues pavées, plutôt que les autoroutes et voies goudronnées. Parce qu’il faut se le dire, c’est sur les plus petits chemins que l’on se créé les meilleurs souvenirs, que l’on tire les meilleures photos, et que l’on y laisse, bien sûr quelques plumes – mais finalement avec émotion et presque plaisir, parce que ce sont ces plumes manquantes qui font bel et bien qui l’on est vraiment. Joyeux 20 ans !

  1. Elisabeth Lombard

    Tu as raison Anne de dire que « c’est sur les plus petits chemins qu’on se crée les meilleurs souvenirs ». Parfois aussi sur les plus « arides », car, lorsque on regarde en arrière , qu’on réalise la difficulté du chemin parcouru, tous les obstacles qu’on a dû surmonter pour y parvenir, alors oui, on ressent une grande joie , un sentiment de liberté et de plénitude, malgré , comme tu le dis très bien, toutes les plumes qu’on a pu y laisser. Continue ton chemin ma petite Anne. La route que tu traces n’est certainement pas la plus facile, mais elle est porteuse de richesse. J’ai une grande confiance en toi. Je t’embrasse fort. Et merci pour ce beau texte. Ta marraine.

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    1. Anne Sellès

      Merci ma chère Babette. Comme d’habitude, tes mots sont sages et rassurants. J’espère que tu as reçu mon petit texto ? Je vous embrasse tous les 2 super fort !

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  2. Eddy

    Quel beau message, qu’elle belle écriture !
    Je me retrouve dans tes lignes même si j’ai essayé de remplir cette check liste convenablement, on s’aperçoit qu’on passe à côté des chemins sinueux.
    Aujourd’hui à 35 ans, je n’attends qu’ une chose….sortir de l’autoroute.
    Bon anniversaire à toi et bonne randonnée sur le chemin de la vie…qui sait, on se croisera peut être un jour.
    Amicalement
    Eddy.

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    1. Anne Sellès

      Cher Eddy, je ne pensais jamais avoir à dire ça un jour, mais je te souhaite une magnifique sortie d’autoroute. 🙂 Quelle soit belle et enrichissante, même si je suis certaine qu’on apprend aussi beaucoup en cochant les cases du Graal de la vie. Merci d’avoir pris le temps de me lire et de commenter. À bientôt !

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  3. Laurent

    Je dois bien avouer que « la sagesse de l’âge adulte » ne m’est pas davantage tombée dessus à 43 ans, quant aux cases, je n’ai coché que quelques unes des autres ! #drame #oupas

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    1. Anne Sellès

      Tu es un grand enfant, cher Laurent ! Un grand enfant responsable, mais un grand enfant qui regarde la vie avec des yeux pleins de douceur. Il le faut pour les voyages que tu entreprends. 🙂

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  4. Fred Jozon

    Wow! Que dire? Qu’à 48 ans et après avoir, malgré tout, coché quelques cases, je suis toujours, par bonheur, dans ce même apprentissage de moi-même et dans la découverte des autres! Et pourvu que ça dure!!
    Les chemins parcourus comptent autant (ou plus) que le but.

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    1. Anne Sellès

      Ça alors ! Quelle surprise ! Merci pour votre commentaire. 🙂 Je suis assez d’accord, le cheminement est tout aussi, voire plus, important. J’espère que vous allez bien. À un de ces jours, j’espère. 🙂

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